L’Iran, un pays à deux visages… 

« L’invité est un ami de Dieu » comme le dit un proverbe irannien.

Dès le passage de la frontière entre Arménie et Iran le charme opère : les sourires, les Hello, les « Where are you from ? », rythmeront désormais nos journées. Alors la légère inquiétude au passage de frontière est vite dissipée. Pour Flo c’était en particulier un sentiment mitigé à l’idée de se voiler et pour Martin un questionnement par rapport à l’image que l’on a de l’Iran : un pays très fermé. Allait-on nous bombarder de questions sur le but de notre voyage ? Eh bien non, on nous a juste demandé nos professions et le nom de nos papas respectifs. Comme depuis septembre 2016 il est interdit aux femmes de faire du vélo on se demandait quel serait le regard des iraniens. Eh bien ils s’en moquent (pour nous tout du moins) et nous avons appris ici que des groupes de femmes courageuses bravent l’interdit et continuent à pratiquer leur sport préféré. Nous n’en avons malheureusement pas croisées et n’avons vu que des hommes à vélo. 

 

On découvre aussi un pays multi ethnique dans lequel les perses constituent « seulement »  un peu plus de la moitié de la population. Nous sommes arrivés par l’Azerbaïdjan oriental, région turque d’Iran. Les turcs d’Iran (azeris) sont entre 15 et 20 millions dans un pays qui compte 80 millions d’habitants. Ils vivent principalement au nord ouest, région par laquelle nous arrivons en Iran. On est donc tout content de pouvoir réutiliser notre petit vocabulaire turc ! 

L’Iran est constitué d’une mosaïque d’ethnies différentes (Perses, turcs azeris, kurdes, arabes, lors, pachtos, baloutches, arméniens, caspiens). 

La culture iranienne est un socle commun mais chaque ethnie a ses spécificités, ce qui pour nous est très intéressant car tout le monde tient à nous expliquer les différences culturelles. Il faudra par contre revenir pour découvrir toute l’Iran car c’est un pays immense ! (3 fois la France). Pour les gens qui aiment les cartes comme Martin (La famille Chevalier par exemple ?), on vous recommande vivement le site Iran Carto réalisé par le Cnrs et en partie par l’excellent géographe Bernard Hourcarde qui a écrit plusieurs ouvrages sur l’Iran. 

L’Iran est un pays extraordinaire, un pays extrêmement touchant, un pays dans lequel on sent bien, heureux, en sécurité. On retrouve beaucoup de similitudes avec la Turquie, mais les Iraniens sont encore bien plus curieux que les turcs… Et c’est un euphémisme ! Peu habitués à voir des touristes, les Iraniens nous stoppent sans arrêt sur la route pour prendre des photos, des selfies avec tous les membres de la famille, pour nous ravitailler de jus de fruits, de gâteaux, de pain etc… Il nous faut apprendre à ne pas systématiquement s’arrêter pour pouvoir avancer un peu sur la route ! Ici, impossible de manquer de quoi que ce soit. Nous avons vite appris qu’il ne faut pas avoir trop de provisions dans nos sacoches au risque de les voir vite déborder des cadeaux accumulés ! 

En Iran aussi, le thé est une grande tradition même s’ils en boivent moins qu’en Turquie. Des gens chez qui on était invité nous ont dit qu’on buvait le thé comme les turcs. Sacré compliment pour nous 😀 On a même appris qu’ils avaient des plantations de thé et de riz le long de la Caspienne… Si on avait su, on y serait allé faire un tour. Pour la prochaine fois ! 

Tabriz est la première ville au nord que nous traversons. Elle nous permet de faire une petite halte, de racheter nos pneus perdus et de se perdre dans le plus grand bazar couvert au monde (rien que ça !). Les tapis de Tabriz sont très réputés et sont vraiment superbes. 

Les iraniens sont très touchants, ils sont sincèrement heureux de nous voir venir de si loin pour découvrir leur pays et cela nous plonge dans un sentiment de sérénité car on se sent très rapidement comme chez nous. Traverser une frontière et s’acclimater à un nouveau pays, ses codes, sa culture nous demande toujours quelques jours.  S’adapter à l’Iran est très simple pour le voyageur qui aime rencontrer des gens et discuter. Pour nous c’est un véritable bonheur d’être ici, et on savoure précieusement car on sait que la suite du périple sera différente. 

C’est très agréable de se sentir en sécurité, de savoir que quoi qu’il arrive, on nous aidera toujours, il y aura toujours une solution. Voyager à vélo c’est être dans une sorte d’inconnu permanent : on ne sait jamais ce qu’il va nous arriver, on ne contrôle pas grand chose à part notre direction. Lorsque l’on part le matin, on ne sait jamais où l’on va dormir le soir. Cette « inconnu » n’est pas désagréable, mais en Iran il est très simple à gérer. Depuis le début de notre voyage nous n’avons jamais été aussi en confiance dans un pays. Et quel comble face aux préjugés tenaces sur ce pays. On aime vraiment l’Iran. 

C’est la première fois que les familles se disputent notre venue, ou viennent vers nous systématiquement  pour nous inviter à manger, à dormir. On arrive dans un village ou une ville, on regarde notre plan et en 5min une dizaine de personnes sont autour de nous pour nous parler et nous inviter ! C’est très rigolo et touchant même si parfois on a besoin d’un peu d’intimité et de calme et que dans ce cas là il faut faire preuve de malice et de persévérance ! En effet le rythme iranien n’est pas tout à fait adapté au vélo puisque l’heure de coucher classique est entre 1h et 2h du matin ! Alors quand on rajoute l’excitation d’avoir des invités étrangers on ne vous dit pas ! 

En Iran il est très courant de camper dans les parcs municipaux, bien pratique pour nous ! Il y a un seul modèle de tente en Iran qui ressemble à une tente 2 secondes alors on détonne un peu avec notre hubba hubba ! 

Beaucoup de gens parlent anglais ici, et encore plus parmi les jeunes ce qui contraste fortement avec la Turquie. Du coup, nos échanges sont très intéressants, et on apprend énormément sur la diversité du pays, sa culture et la politique qui passionne les Iraniens. « Are you happy with Macron? », alors on explique la complexité de notre système et la composition de notre nouveau gouvernement hihi. En tout cas les iraniens semblent rassurés de voir Macron au pouvoir plutôt que Le Pen 😉 On est surpris de voir à quel point les Iraniens suivent la politique étrangère !  

Si les Iraniens sont très heureux de nous voir pédaler dans leur grand pays, il est important pour eux de savoir quelle est notre opinion et notre vision de l’Iran. Une question qui revient quasi systématiquement est de savoir comment on voyait l’Iran avant de venir et après. Ils sont très attristés et souffrent de la mauvaise image qu’ils ont en occident et ont à cœur de démontrer le contraire. Malheureusement Trump, en Arabie-Saoudite,  vient encore de qualifier l’Iran de pays soutenant le terrorisme tout en vendant 110 milliards de dollar d’armes aux Saoudiens … Cela ne va clairement pas aider à un apaisement dans la région … Cela nous fait mal au cœur, les iraniens ne jurent que par la paix et l’amitié entre les pays, ils sont beaucoup à nous l’avoir expliqué.  

Les iraniens que l’on a rencontré sont extrêmement ouverts d’esprit. On le découvre davantage une fois franchie la porte des maisons. Il existe bien deux Iran : celui de l’extérieur et celui de l’intérieur, du cercle familial, du cercle des amis. Les voiles tombent au sens propre et au sens figuré et les langues se délient encore plus (les iraniens sont très bavards).  On découvre un Iran bien plus occidentalisé que ce que l’on pensait. La religion n’est pas du tout omniprésente comme elle peut l’être en Turquie par exemple. Malgré certaines interdictions officielles, les Iraniens sont très libres et nous parlent ouvertement de plein de sujets divers. 

En étant invités chez les gens, on découvre aussi ce que les Iraniens appellent le « Ta’arof ».  Deux exemples que nous avons vécu : pour savoir si l’on est vraiment invité il faut d’abord refuser deux ou trois fois la proposition. Si notre interlocuteur réédite son invitation c’est qu’elle est vraiment sincère. Sinon c’est qu’il ne veut pas nous laisser dans l’embarras mais ne souhaite pas nous inviter chez lui. Ou alors le commerçant refuse que l’on règle nos achats et nous devons insister plusieurs fois pour payer. Nous expliquons aux iraniens qu’ils devraient se méfier avec nous touristes car sans connaitre le ta’arof nous pourrions accepter la proposition directement et être très impolis à leurs yeux !

Comme si bien évoqué dans un guide culturel de l’Iran (offert par un iranien est il besoin de le préciser ? 😊) « Les iraniens évoquent la terre pour parler du ciel, et leur affabilité laisse croire qu’ils se révèlent, alors que la politesse est un jeu de miroirs et de masques. […] Pour l’occidental habitué à l’efficacité, à la franchise et à la transparence de sa vie quotidienne et des rapports humains, la mentalité orientale semblera tortueuse, compliqué et incompréhensible. La logique iranienne n’est pas illogique ou irréaliste, mais elle n’obéit pas à notre rationalisme. Elle rappelle que le monde est relatif et illusoire et qu’il ne se laisse pas capturer dans des notions trop affirmatives et rigides.  » 

Nous n’avons bien sûr qu’entrevu ces subtilités mais quelle belle leçon pour appréhender d’autres cultures et relativiser nos réactions, nos habitudes. 

L’hospitalité iranienne est sans aucun doute ce qui nous marque le plus depuis notre arrivée dans le pays. Tout le monde nous donne son numéro de téléphone : « If you have any problem, just call me », on a des contacts dans tout le nord de l’Iran maintenant, on est même obligé de prendre les gens en photo pour se rappeler qui nous a donné son numéro de téléphone 😀 On s’est fait de vrais amis ici en Iran, on espère en voir beaucoup nous rendre visite à Paris. 

La route vers Téhéran est longue et très droite… C’est l’occasion de faire quelques records dont une longue journée à 155km ! 

Allez, derniers coups de pedales pour Téhéran ! 

Petite dédicace au cousin de Martin qui est Boulanger. Ici les pains sont différents de ceux de Nils mais aussi très bons. Ils sont cuits au four à bois. Notre ami à Téhéran va choisir ses graines au marché et demande au boulanger de lui faire ses petits pains personnalisés. Martin était tout fier de lui raconter que son cousin était, lui aussi, boulanger ! 

5 réflexions sur “L’Iran, un pays à deux visages… 

      • OK, j’avais vu. Mais cela reste assez incompréhensible. Par ex. Google traduit le titre « Les pralines en vadrouilles » en « The Pralines mop ». Mop ?? Je consulte mon dictionnaire : Mop = serpillière, balai à franges. ???

        Et je découvre incidemment la définition première de ‘vadrouille’ dans le TLFi : Balai fait de vieux morceaux de cordages fixés au bout d’un manche, utilisé pour le nettoyage du pont d’un navire. P. analogie, populaire et vieilli. Femme de mauvaise vie, prostituée.

        Une deuxième acception est certes proposée par le TLFi: « fait d’errer en quête de débauche ». Oh la la !

        Vous m’aurez compris, la traduction automatique, même du français vers l’anglais, c’est encore assez déroutant. Alors du français vers le persan par ex… je crains ! Bon, je comprends que l’accès à internet est de toute façon limitée pour vos hôtes et amis de passage. Les photos leur plairont et c’est le principal. Bonne route !

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  1. c’est vraiment super ce que vous faites, peut-être qu’un jour je me ferai aussi un petit trip en fauteuil, il faudra juste que j’ai une pile nucléaire ! Sincèrement j’avais envie de découvrir l’Iran mais maintenant c’est même pas la peine, ce sera l’objet d’un de mes futurs voyages c’est sûr !

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